Parentalité

Gérer ses propres émotions pour mieux accompagner celles de son enfant

Par Maxime
6 minutes

Comprendre l’enjeu : pourquoi nos émotions d’adulte comptent autant que celles des enfants ?


Au quotidien, la vie de famille nous confronte à mille situations inattendues : crise de larmes au moment d’éteindre la télévision, colère explosive devant les devoirs ou refus catégorique de venir à table. Derrière chaque « tempête émotive » de nos enfants, il existe une trame invisible : leur capacité à ressentir et à réguler leurs propres émotions se construit, en grande partie, à partir de ce qu’ils observent… chez l’adulte. Être parent, c’est aussi accepter d’être un « miroir émotionnel ».


Apprendre à identifier et accueillir ses propres émotions n’est pas qu’une question de bien-être personnel, mais un véritable levier éducatif. Plus nous savons faire face à nos ressentis, plus nous sommes outillés pour aider nos enfants à faire de même. C’est tout le sens d’une parentalité qui privilégie l’exemple, la communication authentique et la coopération au quotidien.


L’impact de notre gestion émotionnelle sur la vie de famille


On le sait : un parent stressé, épuisé ou submergé risque davantage de s’impatienter, de hausser la voix ou d’envoyer des messages contradictoires. À l’inverse, un parent qui accueille sa propre frustration ou tristesse de façon saine offre un modèle précieux : il montre que chaque émotion a une place, peut être nommée et traversée sans « contaminer » l’ambiance générale.


  • Les enfants apprennent par imitation : nos réactions face au stress, à la colère ou à la fatigue leur servent de script.
  • Le climat émotionnel du foyer : la stabilité ne vient pas d’une absence de conflit, mais de la façon dont ces tensions sont traversées, expliquées, réparées.
  • La sécurité affective : savoir qu’il est possible d’être en colère, déçu ou triste… tout en restant aimé et écouté.

Étape 1 : Identifier et nommer ses propres émotions — mode d’emploi


Première étape incontournable : accepter que, oui, nous aussi, parents, nous ressentons toute une palette d’émotions, parfois déconcertantes ou peu avouables (culpabilité, lassitude, agacement, fierté…). Or, plus nous osons les nommer, plus nous pouvons en parler sans tabou à nos enfants.


  • Auto-observation rapide : dans la journée, notez ce que vous ressentez à certains « moments clés » (retour du travail, matin pressé, repas chaotique).
  • En parler avec un adulte : verbalisez régulièrement à votre conjoint, un ami ou même sur un carnet : « Aujourd’hui, je me suis senti… (anxieux, frustré, fier, débordé) ».
  • Utilisation d’un « thermomètre émotionnel » : évaluez en fin de journée, sur une échelle de 1 à 5, vos émotions dominantes. Progressivement, vous identifierez des répétitions, déclencheurs, ou besoins insatisfaits.

Étape 2 : Gérer ses émotions pour éviter la contagion négative


Dès que la tension monte : adopter des outils concrets


  • La pause “minute” : autorisez-vous quelques secondes d’éloignement (respirer profondément devant la fenêtre, boire un verre d’eau, changer de pièce). Mieux vaut s’éclipser que laisser exploser.
  • Formule SOS : à chaque émotion forte, posez-vous la question : « Quelle est mon émotion là tout de suite ? Qu’est-ce que je veux vraiment ? » Vous éviterez ainsi le réflexe « réaction immédiate ».
  • Dédramatiser à voix haute : exemple : « Je sens la colère monter, j’ai besoin de deux minutes pour retrouver mon calme. » Les enfants y puisent un apprentissage essentiel : on peut avoir une émotion sans qu’elle dicte nos choix.

Astuce : créez un mini-rituel familial de “pause émotion” (musique relaxante, bougie, respiration en famille) en cas de tension générale.


Inclure l’enfant dans la démarche : de la transparence à la coopération


Plutôt que de cacher nos émotions (ou de les nier) : en parler avec simplicité. Par exemple, après une dispute ou un moment d’exaspération :


  • Verbaliser sans culpabiliser : « J’ai crié tout à l’heure parce que j’étais très fatigué(e). Je suis désolé(e). »
  • Donner un modèle de réparation : « J’avais besoin de calme ; maintenant, je me sens mieux. Et toi, comment tu te sens ? »
  • Inviter l’enfant à parler de ses émotions : Posez-lui la question : « Tu as eu peur quand j’ai crié, ou tu étais juste en colère ? »

L’enfant comprend alors que tout le monde peut traverser des émotions difficiles, mais que l’important est de savoir en parler, réparer et avancer ensemble.


Quelques outils méthodes pour agir au quotidien


Le tableau des émotions familiales


  • Installez dans la maison un tableau (ardoise, feuille, magnets) avec des smileys ou couleurs associées aux émotions.
  • Chaque membre de la famille y place son « état émotionnel » du moment. Cela ouvre le dialogue et dédramatise.
  • Avantage : l’émotion devient un fait du quotidien, pas un tabou !

Créer la boîte à outils “anti-tempête”


  • Rituel d’apaisement familial : listez ensemble 3 à 5 actions “qui font du bien” lorsqu’un membre est en colère/triste/fatigué (écouter de la musique, dessiner, aller souffler dehors, câlin…)
  • Laissez cette liste visible dans la pièce de vie : chacun peut la consulter et l’utiliser avant une escalade émotionnelle.

Le temps de “débrief” en fin de journée


  • Chaque soir (ou 2 fois/semaine), parents et enfants peuvent raconter en quelques phrases un moment agréable et difficile de la journée, puis comment ils l’ont vécu.
  • Cela valorise l’effort, la transparence, et limite la culpabilité en montrant que tout le monde traverse des hauts et des bas.

Ce qu’il vaut mieux éviter… et ce qui fonctionne vraiment


  • Réprimer ou juger ses émotions : « Je ne devrais pas être triste / en colère… » Les nier revient à les laisser exploser plus tard.
  • Se justifier systématiquement auprès de l’enfant : Mieux vaut expliquer avec des mots simples que s’enfermer dans des excuses alambiquées.
  • Montrer un visage “parfait” : nier le stress, la fatigue ou les doutes donne le sentiment que l’émotion est une faute ou une faiblesse. Or, l’authenticité construit la confiance.
  • Transférer ses propres inquiétudes à l’enfant : Par exemple, verbaliser trop souvent sa peur (« J’ai tellement peur que tu sois triste », « Tu me mets en colère ») risque de lui faire endosser des émotions qui ne lui appartiennent pas.
  • Ne pas s’accorder de temps de pause pour soi : On n’aide bien que si on prend aussi soin de soi (quelques minutes d’air frais, pause café, échange téléphonique).

Ce qui marche au quotidien :


  • Oser demander de l’aide, se relayer entre adultes pour éviter la surcharge émotionnelle.
  • Exprimer (même brièvement) ce qu’on ressent, devant les enfants et entre adultes.
  • Favoriser l’écoute mutuelle lors des temps de crise : écouter la version de l’autre (enfant ou adulte), nommer ce qui a été difficile, proposer une réparation simple (parole, geste).
  • Mettre en place de petits rituels apaisants (musique, bougie, lecture du soir calme), notamment en période de transitions ou changements (rentrée scolaire, séparation, déménagement…)

Quelques situations types : passages à l’action


  • En crise de colère parentale : « Je m’isole 30 secondes. Je reviens et j’explique : j’ai crié parce que j’étais épuisé. J’aurais préféré vous dire calmement ma fatigue.”
  • Devant un enfant anxieux : “Je comprends ton inquiétude, moi aussi je ressens parfois cette peur. On va la nommer, respirer ensemble, et voir ce qui pourrait aider.”
  • Après un moment de tension familiale : “Ce soir, on se raconte quelque chose qui nous a agacés dans la journée, et on cherche ensemble de nouvelles solutions.”

Checklist pratique : cultiver une gestion émotionnelle familiale apaisée


  • Identifier une émotion dominante chaque jour (pour soi et son enfant)
  • Oser en parler à voix haute, sans la juger
  • Mettre en place un rituel d’apaisement ou une pause quand la tension monte
  • Demander pardon et expliquer simplement après un débordement
  • Valoriser l’écoute mutuelle, l’empathie et l’effort de chacun (enfant comme adulte)
  • Se rappeler que l’erreur et l’imperfection sont normales : “Ce n’est pas grave de traverser des tempêtes, l’essentiel est d’en sortir ensemble.”
  • Prendre du temps pour soi quand c’est nécessaire : “Un parent apaisé aide mieux un enfant à s’apaiser”

Vers une parentalité authentique et coopérative


En définitive, accompagner les émotions de son enfant commence par un travail intérieur. Plus nous apprenons à « écouter » notre propre météo émotionnelle, plus nous transmettons, par l’exemple, des outils concrets pour toute la famille. Accueillir ses larmes, parler de ses envies de tout envoyer valser… et réparer, chaque fois que nécessaire. C’est dans cette authenticité, parfois balbutiante, que se construit la confiance et la sécurité affective des enfants.


Accepter qu’aucune famille n’est parfaite, que chacun a droit à ses émotions — et que c’est la qualité des réparations, bien plus que l’absence de cris, qui fait la solidité du foyer. Progresser ensemble, voilà le vrai secret d’une vie de famille épanouie et résiliente.


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