Parentalité

Encourager l’expression des émotions chez les enfants sans tabou

Par Maxime
5 minutes

Pourquoi l’expression des émotions est essentielle au développement de l’enfant

Tristesse, colère, joie, peur… Les enfants vivent un véritable tourbillon émotionnel au fil de leurs découvertes et des étapes de leur croissance. Trop longtemps, l’expression des émotions a été minimisée ou refoulée (« Ce n’est pas grave », « Arrête de pleurer », « Tu es trop sensible »), au risque de les laisser désemparés face à ce qu’ils ressentent. Aujourd’hui, il est reconnu qu’apprendre à nommer, à accepter et à partager ses émotions fait partie des grands apprentissages de la vie, au même titre que la lecture ou le respect des règles.
Encourager l’expression émotionnelle sans tabou constitue un socle fondamental pour l’équilibre psychologique, l’estime de soi et la capacité à entrer en relation avec les autres.


Les bénéfices concrets : un enfant qui ose dire ce qu’il ressent

  • Connaissance de soi : un enfant capable d’identifier ses émotions aura plus de facilité à comprendre ses besoins et ses réactions.
  • Gestion du stress et des conflits : exprimer ce qu’on ressent désamorce bien des tensions et évite les comportements explosifs ou de repli.
  • Meilleur relationnel : les émotions partagées permettent d’instaurer des relations de confiance et d’écoute avec les adultes comme avec les autres enfants.
  • Préparation à la vie d’adulte : cette compétence émotionnelle sera utile tout au long de la vie, dans les amitiés, la sphère amoureuse ou le monde du travail.

Comment aider son enfant à reconnaître ses émotions ?

Nommage : le premier pas vers l’apaisement

Il n’est pas toujours simple, même pour les adultes, d’identifier avec précision ce que l’on ressent. Pour les enfants, cela nécessite un apprentissage progressif.

  • Mettre des mots sur ce que vit l’enfant : « Tu as l’air triste parce que ton copain ne veut plus jouer avec toi », « Je vois que tu es en colère parce que tu dois arrêter le jeu ».
  • Utiliser des supports adaptés : livres, imagiers, jeux de cartes illustrés (« la météo des émotions », « la roue des sentiments »), pictogrammes… Cela permet d’enrichir le vocabulaire émotionnel, même dès le plus jeune âge.
  • Décrire aussi ses propres émotions en tant qu’adulte : Oser dire « je suis fatiguée », « je m’inquiète », « je me sens fier de toi » encourage l’enfant à faire de même.

Créer un espace d’expression sans jugement

L’accueil inconditionnel : il n’y a pas de “bonnes” ou de “mauvaises” émotions

Pour qu’un enfant se sente libre d’exprimer ses émotions sans tabou, il doit sentir que ses ressentis sont entendus, jamais ridiculisés ni minimisés.

  • Valider avant de chercher à consoler ou à corriger : Au lieu de « ce n’est rien », dire « je comprends que tu sois déçu(e) » ou « c’est normal d’être en colère quand on ne gagne pas ».
  • Ne pas placer la honte ou la peur sur les émotions intenses : Dire « ce n’est pas grave de pleurer », « on a tous le droit d’être fâché » désamorce la culpabilité et montre l’exemple d’une écoute bienveillante.
  • Accepter l’émotion, mais pas tous les comportements : « Tu as le droit d’être très fâché, mais tu ne peux pas taper » : une nuance fondamentale pour protéger chacun tout en respectant le vécu émotionnel.

Des rituels et outils concrets à instaurer en famille

Petites habitudes et jeux pour apprivoiser les sentiments au quotidien

  • La météo des émotions : Chaque soir, demander à chacun (enfants et adultes) de décrire son “temps intérieur” (soleil, nuages, orages…)
  • Journal ou tableau des émotions : Un support visuel ou dessiné sur lequel on place son humeur du jour, avec le droit de changer en cours de journée.
  • Ateliers dessin ou modelage : Pour les plus jeunes, s’exprimer par le dessin ou la pâte à modeler permet de “sortir” sans crainte ce qui ne peut être dit avec des mots.
  • Des moments dédiés à l’écoute : “Le quart d’heure des confidences”, avant le coucher par exemple, où l’enfant sait qu’il peut tout dire sans crainte d’être jugé.
  • Lecture partagée de livres sur les émotions : L’occasion d’aborder en douceur jalousie, peur, tristesse, colère… à travers des personnages familiers.

Ce qu’il vaut mieux éviter pour ne pas bloquer l’expression émotionnelle

  • Minimiser l’émotion ou la nier : (“Je t’ai vu, tu fais tout un drame pour rien !”)
  • Enjoliver à tout prix : (“Ce n’est pas grave, sourie un peu !”, “Va jouer, ça va passer”).
  • Menacer ou culpabiliser : (“Arrête ou je me fâche aussi”, “Regarde, tu fais pleurer maman”).
  • Condamner certaines émotions : (“Les grands garçons ne pleurent pas”, “C’est ridicule d’avoir peur d’un insecte”).
  • Être dans la solution immédiate plutôt que dans l’écoute : Parfois, l’enfant a juste besoin de temps et de présence pour traverser son émotion, pas d’un “remède” immédiat.

Quand et comment accompagner une émotion forte ?

Passer de la tempête émotionnelle à l’apaisement

  • Rester physiquement et émotionnellement présent : un adulte calme et stable agit comme un “port d’attache”.
  • Laisser décharger (pleurs, cris…) tant que l’on sent que l’enfant ne se met pas en danger, tout en posant un cadre (ne pas casser, taper, se faire mal).
  • Une fois la crise passée, reparler ensemble de l’épisode avec douceur : « Tu étais vraiment en colère tout à l’heure, tu veux qu’on trouve ensemble une façon de faire quand tu ressens ça ? »
  • Proposer des outils pour la prochaine fois : respiration, coin calme, doudou, objet à serrer, ou activité physique adaptée (“On va sauter 10 fois ensemble”)…

L’école et le monde extérieur : continuer à valoriser l’expression des émotions

Dès qu’il grandit, l’enfant évolue dans un univers élargi : crèche, école, sport, centre de loisirs, famille élargie… Toutes ces sphères ne sont pas toujours aussi attentives à ce que l’on vit à l’intérieur. Encourager l’enfant à mettre des mots sur ce qu’il ressent aussi à l’extérieur de la maison, c’est lui donner le droit de dire non, d’exprimer des peurs ou des inquiétudes, de demander de l’aide.
Soutenir l’expression émotionnelle, c’est aussi rester attentif aux signes silencieux (troubles du sommeil, recul, plaintes somatiques), qui révèlent souvent ce qu’un enfant n’arrive pas encore à dire.


Check-list pour accompagner l’expression des émotions sans tabou

  • Traduisez en mots ce que vous observez chez votre enfant (mimiques, gestes, silences).
  • Dites clairement, par l’exemple, que chaque émotion est légitime.
  • Prévoyez des temps d’expression et d’échange réguliers (jeu, dessin, “météo du jour”…).
  • Encouragez l’enfant à poser des questions, à raconter sa journée, sans forcer.
  • Acceptez de ne pas tout résoudre immédiatement : l’écoute prime !
  • Donnez-vous le droit de montrer parfois vos propres émotions (joie, fatigue, tristesse…), en expliquant que les adultes aussi en traversent.
  • N’hésitez pas à solliciter l’école ou un professionnel si un mal-être profond s’installe.

En résumé : grandir avec toutes ses émotions, c’est grandir plus serein

Faire une place sans tabou aux émotions, c’est donner aux enfants la force de traverser les hauts et les bas de la vie. En privilégiant l’écoute, la bienveillance, les outils concrets et le temps, on construit peu à peu une vraie sécurité intérieure.
L’émotion, même intense, n’est jamais un symptôme de faiblesse. Elle est, au contraire, le tremplin d’une personnalité équilibrée, empathique et ouverte aux autres. Parents, grands-parents, éducateurs, éducatrices : osons, chaque jour, écouter, accueillir, et valoriser ce qui se vit au-dedans.
À chacun son chemin, à chaque famille ses rituels, pour que chaque émotion soit accueillie comme une précieuse boussole sur le parcours de la vie.

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