Pourquoi la communication avec les enfants compte-t-elle autant ?
Le dialogue entre parents et enfants est le socle de la relation familiale : il nourrit la confiance, facilite l’apprentissage des règles de vie et sécurise l’enfant dans son développement. Pourtant, bien communiquer ne va pas de soi : sous le stress du quotidien, ou simplement par habitude, certains réflexes parentaux freinent parfois, sans qu’on le réalise, l’expression ou l’écoute des plus jeunes. Discuter, expliquer, écouter… tout cela s’apprend en famille, comme une langue vivante évolutive !
Examinons les faux pas fréquents et, surtout, comment les éviter pour instaurer un climat propice à l’échange.
Erreur n°1 : minimiser ou ignorer les émotions de l’enfant
Devant une colère, une peur, un chagrin ou une « petite crise », la tentation est grande de relativiser : « Ce n’est rien », « Arrête de pleurer », « Tu n’as pas peur pour si peu ! ». Ces phrases coupent court au ressenti de l’enfant et lui envoient le message que son émotion est inadaptée, voire gênante.
Ce qui marche mieux : accueillir l’émotion sans juger (« Je vois que tu es triste / inquiet / en colère »), poser des mots sur ce qui se passe et proposer un soutien (« Veux-tu en parler / un câlin / qu’on cherche une solution ? »). L’enfant apprend ainsi que toute émotion est légitime et doit être entendue avant toute explication ou solution.
Erreur n°2 : interroger de façon fermée ou directive
Poser des questions fermées (« Tu as passé une bonne journée ? »), ou orienter la réponse (« Tu n’as pas quelque chose à me dire ? ») limite les échanges à des réponses brèves, voire à l’autocensure. Les enfants, surtout petits, répondent souvent « oui », « non », ou parviennent mal à résumer leurs expériences.
À privilégier : des questions ouvertes (« Qu’as-tu préféré aujourd’hui ? », « Raconte-moi ce qui t’a fait rire/énervé »), des relances empathiques (« Tu semblais contrarié à la sortie de l’école… »). Cela ouvre un espace de parole sincère, sans pression.
Erreur n°3 : mélanger écoute et jugement
Le réflexe de corriger, d’apporter une « belle morale », peut vite couper l’élan de l’enfant. Par exemple : « Il faut bien écouter la maîtresse, tu sais », « Mais tu devrais être content, tu as de la chance par rapport à d’autres enfants ».
Ce qu’il vaut mieux faire : écouter d’abord activement, en cherchant à comprendre le point de vue de l’enfant. Reformulez (« Si je comprends bien, tu as trouvé le jeu pas juste, c’est ça ? »). Cet effort d’empathie structure l’échange et rassure l’enfant, qui sent que sa perception est comprise, même si une autre réponse éducative viendra ensuite.
Erreur n°4 : asséner des ordres sans explication
Dire « Fais-le, c’est tout ! » ou « Obéis sans discuter » bloque l’envie de comprendre les règles et bride le développement du sens critique. Cela alimente tensions et contestations, surtout à l’adolescence.
Mieux vaut : synthétiser la demande et offrir du sens (« Il faut éteindre l’écran pour dormir assez, demain tu seras en forme », « On range les jouets pour ne pas les abimer et retrouver ceux qu’on aime »). L’enfant assimile mieux les limites quand elles sont connectées à la vie quotidienne et à son bien-être.
Erreur n°5 : parler trop vite, trop longtemps ou à la place de l’enfant
Face à un problème, il est tentant de multiplier explications, justifications ou consignes. Résultat : l’enfant perd le fil, ne retient pas l’essentiel ou décroche. Parfois, les parents anticipent même la réponse : « Tu veux… » au lieu de laisser l’enfant compléter ou exprimer lui-même son idée.
Astuce gagnante : privilégiez des phrases courtes, explicites et simple. Laissez des silences, patientez quelques secondes après une question : l’enfant a parfois besoin de temps pour formuler sa pensée. Reformulez brièvement si besoin (« Tu veux dire que… » ou « Je t’écoute »).
Erreur n°6 : étiqueter ou comparer
« Tu es maladroit », « Tu es toujours en retard, regarde ta sœur ! », « Les grands garçons ne pleurent pas »… Étiqueter ou comparer décourage, introduit de la rivalité fraternelle et nuit durablement à la confiance en soi.
Ce qu’il faut cultiver : focalisez votre message sur l’action ou le comportement ponctuel et non sur la personnalité de l’enfant. Préférez : « La prochaine fois, essaie de ranger plus doucement ce jouet », « Chacun son rythme, tu as le temps de réussir ». Chaque enfant doit sentir que ses progrès et difficultés lui appartiennent, sans compétition ni fatalisme.
Erreur n°7 : absence de disponibilité réelle
Répéter « oui, oui » sans regarder l’enfant, consulter son téléphone en écoutant à moitié, répondre en bricolant autre chose : autant de signaux que la parole de l’enfant n’est pas prioritaire. À la longue, il réduit sa spontanéité ou surenchérit pour capter l’attention.
Solution simple : consacre quelques minutes de pleine attention lors des retrouvailles, des repas ou du coucher. Regardez l’enfant, mettez-vous à son niveau, montrez par votre posture et vos mots que vous êtes là, vraiment. Même une écoute courte mais sincère marquera bien davantage l’enfant qu’une disponibilité diluée tout le long de la soirée.
Checklist : adopter les bons réflexes au quotidien
- Privilégier l’écoute active : reformulez, validez le ressenti, posez des questions ouvertes.
- Limiter les interruptions : ne coupez pas la parole et attendez la fin de la phrase.
- Avoir des temps de parole rituels : repas, temps du coucher, marche ensemble.
- Éviter les injonctions trop vagues : préférez des consignes claires et concrètes.
- Reconnaître les progrès, même petits : « Bravo d’avoir expliqué ce que tu ressens !»
- Purgez l’environnement de distractions : pas d’écran ou de téléphone lors des « temps d’écoute ».
- Doser information et conseil : ne pas envahir la discussion, laisser espace à la parole d’enfant.
Ce qu’il vaut mieux éviter (et ce qui crée un climat de confiance)
- Minimiser un chagrin ou une peur – Accueillez l’émotion avant d’expliquer ou de rassurer.
- Comparer entre enfants ou à un tiers – Chaque parcours est unique, valorisez la progression individuelle.
- Multipliez les reproches ou critiques – Un focus occasionnel sur ce qui a été positif renforce la coopération.
- Imposer des « grands discours » – Préférez l’explication concise, avec questions pour s’assurer de la compréhension.
- Oublier l’humour et la complicité – Le rire détend la relation, en particulier lors des tensions.
Ce qui fonctionne vraiment :
- Mettez-vous symboliquement « à la hauteur » de l’enfant, physiquement (accroupi) et mentalement (adoptez son point de vue).
- Mettez en place un rituel question « Qu’as-tu envie de me raconter/partager ce soir ? »
- Valorisez l’expression des petites et grandes émotions, même maladroites.
- Montrez l’exemple en exprimant vos propres émotions de façon posée : « Je suis fatigué, c’est pour cela que je réponds plus doucement ».
- Encouragez la recherche de solutions : « Que proposes-tu pour que ça se passe mieux la prochaine fois ? »
Astuces concrètes pour ancrer une communication bienveillante
- Prévoyez des moments « parent-enfant » exclusifs chaque semaine : lecture partagée, jeu, sortie, sans autre sollicitation.
- Mettez en place un carnet, une boîte à messages ou un panneau d’expression à la maison pour ceux qui s’expriment plus facilement à l’écrit ou dans le jeu.
- Nommez les émotions avec les tout-petits à l’aide d’images, de livres ou de marionnettes.
- Donnez à l’enfant des choix possibles plutôt que des ordres directifs : « Tu préfères t’habiller avant ou après le petit-déjeuner ? »
- Adoptez la « minute d’écoute silencieuse » : chacun a le droit d’exprimer ce qu’il veut, sans commentaire immédiat.
En résumé : dialoguer, cela s’apprend pas à pas
Nul besoin d’être un as de la psychologie pour améliorer la communication parent-enfant : quelques changements d’habitude, un regard attentif sur l’impact de ses paroles, la volonté de privilégier l’écoute et de laisser à l’enfant un espace pour grandir en confiance. Il ne s’agit pas de viser la perfection, mais de progresser ensemble vers une communication vivante, positive et respectueuse, même (et surtout) lors des tempêtes émotionnelles.
Au fil du temps, ces efforts quotidiens ancrent non seulement la confiance mutuelle, mais offrent aussi à l’enfant des clés solides pour construire ses futures relations sociales, à la maison, à l’école, puis dans la société.
Et si l’on se trompe ? On peut toujours s’excuser ou repartir à zéro… Car la communication, en famille, c’est aussi apprendre de ses erreurs !