Apprendre autrement : pourquoi chaque enfant a son style
Si l’on remarque que certains enfants retiennent immédiatement une chanson, tandis que d’autres semblent mieux comprendre en dessinant ou en manipulant, ce n’est pas un hasard. Toute famille en a fait l’expérience : apprendre ne se limite pas à écouter passivement, ni à recopier mot pour mot ce que dit l’enseignant. Les enfants sont tous capables d’apprendre – mais pas toujours de la même façon. Comprendre les styles d’apprentissage permet d’aider chaque enfant à s’épanouir scolairement, à gagner en confiance, et à s’ouvrir plus largement sur le monde.
Styles d’apprentissage : de quoi parle-t-on ?
On désigne par « styles d’apprentissage » les différentes façons dont chaque individu perçoit, traite et retient l’information. Il existe plusieurs modèles pour décrire ces styles ; le plus connu étant la classification VARK : Visuel, Auditif, Lecture/Écriture et Kinesthésique. Ce modèle n’est pas une vérité absolue, mais il demeure une référence utile pour mieux observer et accompagner son enfant au quotidien.
- Visuel : On apprend en voyant, en observant des images, des schémas, des graphiques.
- Auditif : L’information passe plutôt par l’écoute, la parole, la musique, les échanges oraux.
- Lecture/Écriture : On retient mieux en lisant et en écrivant (textes, listes, résumés).
- Kinesthésique : L’implication du corps, le mouvement et la manipulation sont essentiels : toucher, bouger, expérimenter.
Un enfant peut avoir un style dominant mais aussi combiner plusieurs modes : aucun profil n’est rigide ou figé dans le temps ! À la maison, il n’est pas rare de voir ces préférences évoluer selon l’âge ou la matière apprise.
Repérer les indices à la maison : petits signes à ne pas manquer
Avant de vouloir faire entrer un enfant dans une « case », on peut observer quelques signes concrets :
- Préfère-t-il sauter sur l’occasion dès qu’il s’agit de faire une expérience avec ses mains ?
- Demande-t-il que vous répétiez ou expliquez à voix haute ? Retient-il les paroles de chansons par cœur ?
- Est-il attiré par les livres, les affiches illustrées, les coloriages, ou aime-t-il dessiner ses propres cartes mentales ?
- A-t-il besoin d’écrire pour mémoriser ses leçons, son emploi du temps ?
Souvent, un simple changement de méthode (faire relire à voix haute, dessiner un schéma, manipuler des objets) suffit à débloquer une compréhension. Le plus important : varier et observer ses réactions, en privilégiant ce qui semble le rendre actif et concentré.
Décryptage des grands profils : astuces concrètes pour faciliter l’apprentissage
1. Le visuel : voir pour comprendre
- Utilisez des images, des schémas, des illustrations pour expliquer un concept.
- Proposez des cartes mentales, des fiches colorées, ou affichez le programme de la journée sur un panneau.
- Encouragez l’enfant à dessiner ce qu’il retient (par exemple, un diagramme pour retenir la chaîne alimentaire, une ligne du temps pour l’histoire).
- Collez des post-it de couleurs vives à différents emplacements stratégiques (porte, salle de bain, frigo) pour faire réviser les mots ou les conjugaisons.
2. L’auditif : écouter, parler, chanter
- Proposez à l’enfant de réciter ou d’expliquer à voix haute ce qu’il apprend (et pas seulement pour les poésies !).
- Enregistrez ensemble une leçon ou créez une « radio familiale » où il anime sa propre émission sur le sujet du jour.
- Utilisez les musiques éducatives, les histoires audio, voire les podcasts jeunesse adaptés à son âge.
- Mettez en scène les leçons avec des dialogues, des jeux de rôle ou de petites pièces de théâtre.
3. Lecture/Écriture : tout passe par le texte
- Proposez la prise de notes, le résumé écrit, la création de listes ou de fiches de révision.
- Laissez-le reformuler chaque notion avec ses propres mots pour s’assurer de la compréhension.
- Encouragez la rédaction de poèmes, petites histoires, textes à trous sur les sujets étudiés.
- Expérimentez les questionnaires écrits ou livrets-jeux à compléter en autonomie.
4. Le kinesthésique : toucher, bouger, manipuler
- Faites apprendre les tables de multiplication ou l’orthographe en tapant des rythmes, en marchant ou en les chantant tout en bougeant.
- Associez leçons et objets à manipuler : pâte à modeler pour les formes géométriques, maquettes pour les volcans, expériences scientifiques simples à la maison.
- Autorisez un mode d’apprentissage « debout »: marcher pendant qu’il récite, écrire sur un grand tableau blanc ou faire de grandes lettres avec le corps dans la pièce.
- Organisez des jeux collectifs, avec déplacements (sauter sur la bonne réponse, lancer un dé pour tirer une question, etc.).
Varier, mixer, inventer : l’apprentissage global, ça marche aussi !
Aucun enfant n’entre totalement dans une seule catégorie : la clé reste de mixer les approches. Un enfant jugé « auditif » à l’école peut gagner à colorier ses devoirs. Celui qui mémorise en écrivant pourra, un jour, se passionner pour un podcast historique.
- Pour apprendre une poésie : faites-la illustrer, écrire, réciter, et jouer !
- En cuisine, mobilisez la lecture pour la recette, le visuel pour la présentation, la manipulation pour la réalisation, et pourquoi pas l’auditif en chantant pendant la préparation.
Le maître-mot : valorisez l’expérience ! Plus les styles sont variés, plus les souvenirs sont solides et ludiques.
Comment passer à l’action : checklist pour familles pressées
- Repérez le ou les styles dominants : suivez les réactions lors de jeux ou de petites leçons improvisées à la maison.
- Variez les supports : proposez des exercices différents pour chaque notion (dessiner, mimer, écrire, raconter, manipuler).
- Créez une boîte à outils familiale : feutres de couleurs, post-its, fiches, objets à manipuler, livres et supports audio. Rendez-les accessibles en autonomie.
- Misez sur la coconstruction : laissez l’enfant créer lui-même ses propres outils (tableau, chanson, histoire), y compris pour organiser ses devoirs.
- Encouragez la coopération : frères et sœurs aux styles différents peuvent s’entraider : l’un explique à voix haute, l’autre réalise un schéma ou invente un jeu.
Ce qu’il vaut mieux éviter… et les astuces qui marchent vraiment
- À éviter :
- Imposer toujours la même méthode à tous les enfants, quelle que soit la matière ou la fatigue.
- Réduire le travail à des devoirs écrits monotones, surtout si l’enfant s’impatiente ou décroche vite.
- Penser qu’il suffit d’entendre une consigne une fois pour la mémoriser durablement : tester plusieurs médiums reste bien plus efficace.
- Comparer les méthodes entre frères et sœurs (chacun avance à son rythme et selon ses aptitudes propres !).
- Ce qui fonctionne :
- Inclure le jeu dans l’apprentissage, quelle que soit la notion : les jeux de rôle, challenges minute, quiz, memory ou chasses au trésor sont des alliés précieux.
- Donner du sens : relier la leçon à une expérience concrète, un souvenir, un intérêt particulier.
- Permettre à l’enfant d’exprimer ce qui l’aide ou non – et adapter sans peur d’expérimenter.
- Prendre en compte les moments où la concentration est la meilleure (plutôt après le goûter qu’avant le dîner par exemple!).
Zoom sur les styles mixtes : pour une éducation personnalisée
Le XXIe siècle valorise de plus en plus la diversité des intelligences (intelligences multiples de Gardner, inclusion des profils « atypiques »…). Il n’existe pas de « bon » style ni de « mauvais » profil. Certains enfants gagnent à explorer successivement chaque mode pour trouver ce qui leur correspond, selon la matière, la fatigue, ou l’enjeu personnel.
- La richesse de la vie de famille, c’est de pouvoir mixer oral, manuel, écrit et créatif autour de la table ou dans le jardin !
- N’hésitez pas à demander conseil aux enseignants ou aux professionnels (orthophonistes, psychologues scolaires) si vous sentez que l’enfant est réellement en souffrance ou que l’école devient source d’angoisse.
Pour retenir l’essentiel : apprendre, c’est aussi s’amuser et découvrir
Respecter la diversité des styles d’apprentissage, ce n’est pas rendre la vie compliquée : c’est permettre à chaque enfant de s’approprier le plaisir d’apprendre, de construire confiance en soi et autonomie, tout en développant la curiosité naturelle si précieuse à tout âge. Osez tester, ajuster, et partagez vos trouvailles avec d’autres parents : il n’existe pas de recette toute faite, mais une multitude de pistes qui, combinées, accompagnent chaque enfant vers sa propre réussite.