Pourquoi aborder la santé mentale avec son adolescent ?
À l’adolescence, se construirent l’identité, l’autonomie et la relation aux autres, dans un contexte où les émotions, la pression scolaire ou l’influence du groupe pèsent lourd. La santé mentale, souvent taboue ou minimisée, en est pourtant un pilier : 1 adolescent sur 5 traverse un épisode difficile ; anxiété, stress, repli, ou baisse d’estime de soi sont courants et peuvent évoluer, si on les néglige, vers des difficultés plus sérieuses.
Parler de santé mentale n’est pas une alerte, c’est une prévention. Ouvrir le dialogue, c’est offrir à son jeune un espace sécurisant, sans jugement ni pression, où il se sent autorisé à exprimer ce qui va ou ne va pas. Pour beaucoup, la discussion évite l’isolement et encourage à prendre soin de soi, comme on le ferait pour un problème physique.
Démystifier la santé mentale : l’attitude parentale compte
- Adoptez une posture d’écoute réelle : ne cherchez pas à « corriger » mais à comprendre, sans minimiser ni dramatiser ses propos.
- Osez aborder le sujet sans détour : « On ne parle pas assez de ce qu’on ressent, mais c’est important de pouvoir le faire ici. »
- Soyez vous-même honnête sur vos émotions : « Moi aussi, parfois, j’ai eu peur/j’ai douté » permet à l’ado de se sentir moins seul.
Évitez de « rendre service » trop vite (donner un conseil, relativiser sans écouter), ce premier réflexe coupe souvent la parole. Posez-vous simplement comme disponible. Parfois, proposer un moment informel (en voiture, en balade, devant un film) met la discussion à portée sans la rendre solennelle.
Astuces concrètes pour lancer le dialogue
- Commencez par des sujets du quotidien : école, amis, loisirs, puis glissez progressivement vers l’humeur ou le moral. « Comment tu te sens en ce moment ? Tu as eu quoi comme journée ? »
- Montrez de l’intérêt pour ce qui compte pour lui : vidéo, influenceurs, réseaux sociaux, séries : demander un avis, une recommandation, c’est ouvrir une brèche dans son univers.
- Utilisez des médias pour « amorcer » : un article, un film, une info de l’actualité permet d’ouvrir une discussion moins « personnelle » en apparence.
- Acceptez les silences : si la conversation bloque, laissez le temps. Précisez qu’il pourra revenir vers vous quand il voudra.
Signaux à repérer, questions à poser sans crainte
Sensibiliser son ado implique d’être attentif sans être intrusif. Certains signes peuvent alerter : changement brutal d’humeur, repli, perte d’intérêt, troubles du sommeil ou de l’appétit, discours négatif sur soi, conflit permanent ou absence de dialogue. Si vous remarquez une accumulation de signes, il est d’autant plus nécessaire de proposer sans forcer :
- « Je te sens moins en forme ces temps-ci, tu veux qu’on en parle ? »
- « Est-ce qu’il y a quelque chose qui t’inquiète ou te dérange en ce moment ? »
- « Tu sais, si un jour tu veux parler, ou même juste écrire ce que tu ressens, je suis là. »
Ce qu’il faut éviter pour ne pas couper le dialogue
- Évitez les formules qui ferment : « C’est dans ta tête », « Y a pire ailleurs », « Ce n’est pas grave, ça passera ». Elles banalisent ou invalident.
- Ne pas jouer au « détective » : multiplier les questions, fouiller dans les messages ou surveiller sans transparence peut braquer. Préférez la confiance, quitte à réaffirmer vos limites en matière de sécurité.
- Ne pas attendre d’être face à une crise pour parler : mieux vaut initier le dialogue dans les périodes calmes, pour installer un climat de confiance.
Structurer l’échange : outils et points d’appui pour les parents
- Préparez-vous : informez-vous sur la santé mentale ado, l’anxiété, les phénomènes de harcèlement scolaire, via des ressources fiables (Psycom, Unicef, PJJ, Fil Santé Jeunes…)
- Utilisez les outils d’expression indirecte : dessins, carnets, applications de gestion des émotions ou questionnaires sur l’humeur (Mood Meter, Woebot…)
- Suggérez des alternatives d’écoute : amis adultes, école ou personnels de santé, numéros d’écoute (Fil Santé Jeunes 0800 235 236, SOS Amitié…)
Nommez explicitement ce que vous proposez (« Parler à quelqu’un d’autre, c’est parfois plus facile ! »), sans vous sentir dévalorisé si l’ado choisit un autre interlocuteur.
Actions à mettre en place au quotidien
- Intégrez des moments de discussion régulière (pas seulement axés sur le moral, mais aussi sur les plaisirs, les réussites, les perspectives)
- Privilégiez la régularité plutôt que l’exceptionnel : de petites conversations informelles valent mieux qu’une « grande » discussion annuelle.
- Validez la difficulté sans chercher la solution immédiate : « C’est normal de te sentir dépassé parfois. Si tu as envie, on peut chercher ensemble des pistes pour que ça aille mieux ».
- Incluez des activités « ressources » : sorties, sport, initiatives où l’ado prend des responsabilités ou découvre une nouvelle compétence valorisante.
Quand et comment demander de l’aide extérieure ?
Si la souffrance s’installe, que le comportement change durablement, que des idées noires apparaissent : ne pas rester seul. Prendre contact avec un professionnel (médecin traitant, psychologue, infirmière scolaire, etc.) est un acte de protection, non de renoncement.
- Parlez d’une consultation de façon dédramatisée : « Ça peut aider d’avoir un regard extérieur »
- Réexpliquez la confidentialité et le rôle des pros : « Un psy, c’est là pour écouter, ce n’est pas réservé aux cas graves »
- Faites ensemble la recherche d’un professionnel : impliquer l’ado permet de lever certaines craintes ou réticences.
Une checklist pour ouvrir le dialogue simplement
- Programmez un temps calme (balade, trajet, moment sans téléphone ou sollicitations externes)
- Commencez par partager quelque chose de personnel (« Aujourd’hui, j’étais stressé parce que… »)
- Posez une question ouverte, sans attente de réponse immédiate (« Tu t’es déjà senti dépassé dernièrement ? »)
- Laissez la parole à l’ado, ne coupez pas, ne proposez pas tout de suite de « solutions »
- Montrez qu’il n’y a pas de sujet tabou (troubles du sommeil, anxiété, sentiments amoureux, réseaux sociaux…)
- Proposez une ressource : vidéo, podcast, numéro d’écoute, toujours sans l’imposer
- Rassurez sur la confidentialité : « Tout ce qu’on se dit reste entre nous, sauf s’il y a danger pour toi »
- Reformulez ce que vous avez entendu pour valider : « Si j’ai bien compris, c’est surtout ça qui t’inquiète ? »
Ce qui fonctionne vraiment… et ce qu’il vaut mieux éviter
- À FAIRE:
- Valoriser chaque prise de parole de votre ado : chaque confidence, même minime, compte
- Créer des occasions régulières de détente partagée
- Encourager à identifier ses émotions (colère, tristesse, joie…) sans jugement
- Garder espoir, tout en normalisant l’appel à l’aide extérieure si besoin
- À ÉVITER:
- Se montrer intrusif ou cassant (« Tu ne vas pas te plaindre encore ? »)
- Minimiser (« Ce n’est rien à ton âge, ça passera »)
- Basculer dans l’injonction (« Il faut parler »)
- Agir sous le coup de l’inquiétude (prises d’assaut, menaces)
En résumé : transmettre l’idée que le dialogue est toujours possible
Évoquer la santé mentale en famille, c’est avant tout instaurer un climat où l’ado se sent libre de parler, de se taire, d’essayer, d’être écouté, sans crainte du jugement. Ce dialogue ne vise pas à tout « régler » mais à apprendre à naviguer ensemble dans la complexité de l’adolescence. Petits pas, disponibilité sincère, et confiance : en misant sur ces valeurs, on dédramatise la parole autour du bien-être et on pose les bases d’une hygiène mentale durable pour son ado, mais aussi pour toute la famille.
N’hésitez pas à partager ce que vous mettez en place, vos difficultés ou, au contraire, les succès de votre dialogue familial : chez jouets-enfants.fr, chacun s’inspire de l’expérience des autres !